Suite de notre premier article sur les plus belles lettres d'amour de la litérature française.

Napoléon à Joséphine, la lettre d’amour du manque

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Napoléon fut le premier Empereur français et marqua l’histoire à travers ses nombreuses guerres et ses conquêtes impossibles, notamment en Russie. Mais le cœur du Général n’était pas uniquement dévoué à la guerre, il s’intéressait également à l’amour. Sa première femme, couronnée impératrice en même temps que lui, était Joséphine de Beauharnais. Alors qu’il était en campagne, il écrit cette lettre à son amante.

Nice, le 10 germinal
Je n'ai pas passé un jour sans t'aimer ; je n'ai pas passé une nuit sans te serrer dans mes bras ; je n'ai pas pris une tasse de thé sans maudire la gloire et l'ambition qui me tiennent éloigné de l'âme de ma vie. Au milieu des affaires, à la tête des troupes, en parcourant les camps, mon adorable Joséphine est seule dans mon coeur, occupe mon esprit, absorbe ma pensée. (…) Mon âme est triste ; mon cœur est esclave, et mon imagination m'effraie... Tu m'aimes moins ; tu seras consolée. Un jour, tu ne m'aimeras plus ; dis-le-moi ; je saurai au moins mériter le malheur... (…) «je t'aime moins» sera le dernier de ma vie. Si mon coeur était assez vil pour aimer sans retour, je le hacherais avec les dents.(…) As-tu cessé de m'aimer ? Pardon, âme de ma vie, mon âme est tendue sur de vastes combinaisons. Mon coeur, entièrement occupé par toi, a des craintes qui me rendent malheureux... Je suis ennuyé de ne pas t'appeler par ton nom. J'attends que tu me l'écrives. Adieu ! Ah ! si tu m'aimes moins, tu ne m'auras jamais aimé. Je serais alors bien à plaindre.

Edith Piaf à Marcel Cerdan, la lettre d’amour grandiose

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Édith Piaf était une chanteuse française, qui marqua sa génération, tant par son grain de voix et ses chansons que par sa vie tumultueuse qui se conclut brutalement par une maladie, alors qu’elle n’avait que quarante-sept ans. Son grand amour fut Marcel Cerdan, un boxeur français qui gagna le titre de champion du monde en 1948. La chanteuse est accablée de tristesse lorsqu’il décède en 1949 alors qu’il venait la rejoindre en avion. Les deux amants entretenaient leur relation en s’envoyant des lettres, dont voici un extrait.

« Dès que je pense qu'une chose peut te faire de la peine, même si tu ne le sauras jamais eh bien, il n'y a rien à faire, c'est plus fort que moi, je ne peux pas la faire. J'imagine tes beaux yeux chéris posés sur moi et j'ai comme l'impression d'être mise à nu. (…) Vrai de vrai, tu m'as bien eue ! Chéri ! N'oublie pas tes médailles, pense à moi. (…) Mon petit que j'adore, à tes pieds que j'aime, je suis à toi, tout à toi. Mon souffle est lié au tien. Je suis tout ce que tu veux, ton esclave, ta servante, ta maîtresse et surtout celle qui t'aime. Oh ! Qui t'aime, plus que jamais. Personne ne t'a aimé et ne t'aimera jamais plus que moi. (…) Je t'aime, t'aime, t'aime.
Moi. »

Camille Claudel à Auguste Rodin, la lettre de l’amoureuse inquiète

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Camille Claudel était une sculptrice et une peintre française. Sa carrière fut impressionnante dans sa grandeur, malgré une mort quasi anonyme et un internement psychiatrique qui mis fin à sa carrière d’une manière brutale. Le grand amour de sa vie fut Auguste Rodin pour qui elle posait en tant que muse. Elle restera son amante pendant plus de dix ans.

Cher ami,
Je suis bien fâchée d’apprendre que vous êtes encore malade. Je suis sûre que vous avez encore fait des excès de nourriture dans vos maudits dîners, avec le maudit monde que je déteste, qui vous prend votre santé et qui ne vous rend rien. Mais je ne veux rien dire car je sais que je suis impuissante à vous préserver du mal que je vois. Comment faites-vous pour travailler à la maquette de votre figure sans modèle ? Dites-le moi, j’en suis très inquiète. Vous me reprochez de ne pas vous écrire assez long. Mais vous-même vous m’envoyez quelques lignes banales et indifférentes qui ne m’amusent pas. Vous pensez bien que je ne suis pas très gaie ici ; il me semble que je suis loin de vous ! et que je vous suis complètement étrangère. Il y a toujours quelque chose d’absent qui me tourmente. Je vous raconterai mieux ce que j’ai fait quand je vous verrai. D’ici là, je vous en prie, travaillez, gardez tout le plaisir pour moi. Je vous embrasse.

Jean Cocteau à Jean Marais, la lettre d’amour existentielle.

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Jean Cocteau est un romancier, cinéaste, poète et un dramaturge français. Malgré ses nombreux talents littéraires, il dira toujours que son travail est poétique avant tout. Alors qu’il est en train d’auditionner des acteurs pour les rôles de sa prochaine pièce Œdipe Roi, il fait la rencontre de Jean Marais, un de ces participants. L’acteur deviendra vite son amant, s’alliant à lui aussi bien à la ville qu’à la scène, où ils semblent inséparables. Bien que cette passion n’ait pas perduré, les deux hommes sont restés amis toute leur vie. Publiées dans un recueil de lettres sobrement appelé Lettres à Jean Marais, en voici un extrait :

Mon Jeannot,
Le beau dimanche approche. Même s’il pleut, ce sera un beau dimanche. Voilà le prodige de notre rêve et que les circonstances rendent si merveilleux. Je n’existe que par toi et par ces visites — je n’écoute plus la ville et son brouillard d’idées. Tout me semble clair et pur à cause de ton soleil et de ton espoir. C’est toi qui as raison. C’est ton étoile qui donne la chance et la joie. C’est le reste qui s’embrouille et trébuche dans les ténèbres. Cela m’amuse de penser que tu t’accuses de bêtise ! Toi le sage. Toi le seul qui sache et qui vive au-dessus et au-dessous de la bêtise. Je me sens si lourd et si balourd à côté de toi. Sans ta légèreté, sans ta force, je serais une loque et je me laisserais prendre par l’ankylose. Mais je n’ai qu’à « voir » ta figure, tes mèches, ta casquette, tes bottes et 107 pour chasser le diable et retrouver le cortège des anges. Mon Jeannot, je te bénis, je te remercie de m’aimer et de me transformer. Je t’embrasse du fond de l’âme.

De Juliette Drouet à Victor Hugo, la lettre d’amour dévouée

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Il n’y a pas que les lettres de l’écrivain, évoqué dans la première partie de ce tour d’horizon des plus belles lettres d’amour, qui sont dignes d’intérêt. Son amante, Juliette Drouet vouait une véritable passion aux lettres et à Hugo, dont elle sauva la vie en 1851 en s’enfuyant avec lui à Guernesey, alors qu’il était recherché par les autorités. Le jeune femme aurait donné sa vie pour son amant, qu’elle voulait protéger par-dessus tout.

Bonjour, mon Victor bien-aimé, bonjour. Je reviens de la messe où j’ai prié pour toi et pour tous les tiens. Si le bon Dieu m’a entendue, tout ce que tu désires, tout ce que tu espères t’arrivera, mon doux aimé, car je lui ai demandé de te faire le plus heureux des hommes. (…) Mon Victor bien aimé, bien aimé, bien aimé, il ne faut pas que tu souffres de nos maux à nous. Tu n’es pas fait pour cela et tu ne saurais pas t’en servir. Pour te préserver de toute tentation à ce sujet je te donne cette petite branche de buis bénie par mes prières et par mes baisers. Chacune des feuilles contient le pardon des sept années que tu as volées à mon amour. Que tous les coupables anniversaires qui se rattachent à leur nombre deviennent pour toi des siècles de gloire et de bonheur. Que ce petit rameau de paix et d’oubli soit ton talisman contre tous les maux et tous les dangers. Qu’il garde ton corps en même temps que ton âme. C’est la mission que je lui confie avec la pieuse conviction qu’il n’y manquera pas car chacune de ces feuilles est faite de dévouement, de tendresse, d’espérance, d’abnégation, de courage, de confiance et d’amour. Sois béni, mon Victor, toutes les larmes que j’ai versées. Sois heureux de tous les bonheurs à la fois.

Si vous avez manqué la première partie, nos cinq autres lettres d'amour vous attendent.

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