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Femmes et hommes ont deux conceptions bien distinctes de la confidence. Cette différence repose essentiellement sur une frustration dans le déroulement de la conversation et l’effet recherché par chacun des protagonistes. Une femme qui partage ses soucis avec un homme à tendance à se vexer lorsque celui-ci répond en lui proposant une solution. Ce qu’elle recherche en réalité, c’est un sentiment d’empathie similaire à celui que ses copines pourraient lui communiquer, du type : « J’ai vécu la même chose », « je sais ce que tu ressens ; à ta place je ressentirais la même chose ».
Mais l’homme aussi ressent alors une certaine frustration: Pourquoi me parle-t-elle de ses problèmes si elle ne veut rien y faire ? Il se sent peut-être même accusé à tort : proposer des solutions lui paraît comme la meilleure chose à faire, alors pourquoi en discuter si elle n’a pas besoin d’aide ?

La réponse réside dans un style de communication très particulier caractérisé par le concept de « l’échange » de problèmes: très habituel et important pour les femmes entre copines mais complètement superflu pour les hommes. D’après son point de vue à elle, entendre « il m’est arrivé la même chose » est une expression rassurante et compréhensive, deux traits primordiaux dans sa conception de l’amitié. Mais ce n’est que le début de la conversation. Une amie doit demander des détails : Et qu’est-ce que tu lui as dit ? Et qu’est-ce qu’il a dit ? Et pourquoi crois-tu qu’elle a dit ça ? Et qu’est-ce que ça t’as fait ? Du coup qu’est-ce que tu lui as répondu ? C’est l’absence de toutes ces questions d’échange qui rend la tentative d’uniquement régler son problème encore plus frustrante. Lorsqu’elle parle de ses ennuis, ce qu’elle essaye réellement de faire, c’est d’engager une conversation, mais proposer une solution immédiate clos cette opportunité de manière précipitée.
Alors que cet effet la déçoit, il a l’effet inverse chez l’homme pour qui la conversation n’a plus lieu d’être à partir du moment où le problème a été résolu. A vrai dire, l’homme se concentre principalement sur le messageen tant que tel alors que le principal se situe dans un concept subliminal appelé le méta-message.

Chaque déclaration a 2 niveaux de signification: le message et le méta-message. Le message est la signification que l’on donne aux mots ; le méta-message relève du comportement non-verbal, du contexte et de la manière dont les mots sont énoncés. Le message qui traite des échanges de questions-réponses est clair pour tout le monde. C’est le méta-message qui compte tant pour les femmes mais demeure un mystère pour les hommes. Prendre le temps d’explorer le problème en profondeur, de poser des questions, d’écouter les réponses, et de rebondir sur ces réponses pour reposer d’autres questions… tout ça envoie en réalité des méta-messages attentionnés. Celui qui partage son problème se sent moins seul si quelqu’un engage la conversation à ce propos. En considérant ces attentes, couper court à la conversation renvoie le méta-message opposé, à savoir que ton problème ou toi ne m’intéresse pas particulièrement et je n’ai pas envie d’en discuter.

La frustration qu’une femme ressent lorsqu’elle souhaite parler de ses problèmes avec son homme alors qu’il n’y prête pas attention, est proportionnelle à la hauteur de ses problèmes. Bizarrement, plus le problème est important, moins il aura envie d’en discuter, non pas parce qu’il n’y accorde pas d’importance mais parce qu’au contraire, il lui en accorde trop. Si la personne qu’il aime fait face à une difficulté il se sentira obligé d’agir - il voudra absolument agir. Puisque le fait d’être à l’écoute ne résout rien selon lui, parler d’un problème qu’il ne peut pas résoudre accroît son sentiment d’impuissance.

Prenons un exemple : une femme en rémission d’une double mammectomie en phase de subir une reconstruction mammaire peut souffrir du fait de ne pas pouvoir en discuter avec son mari, mais elle comprend aussi qu’il doit se concentrer sur une solution pour lui venir en aide. Il suggère de profiter de son temps à la maison pour redécorer la cuisine. Donc au lieu de parler du cancer, ils parlent vaisselle.

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Un nouveau style de taxi vient de voir le jour à Paris: Femme Au Volant. Il permet aux femmes de commander spécifiquement un chauffeur femme. Les clientes et les chauffeurs en sont ravies. Une conductrice, Maria, explique qu’elle préfère les passagers femmes car elle apprécie leur faire la conversation.

Les hommes ne pensent en général qu’à accélérer ou à parler de sport, un sujet qui ne l’intéresse pas. Les femmes parlent de leur vie et souvent de leurs problèmes. Une passagère par exemple lui confie qu’elle a une aventure extra-conjugale tandis qu’une autre se plaint de ses petits-enfants. L’article ne dit pas ce que leur répond Maria : est-elle juste à l’écoute ou partage-t-elle aussi ses problèmes ?

Cela devient pratiquement un automatisme pour les femmes de se trouver des problèmes en commun afin de pouvoir s’adonner à ce rituel conversationnel, même si d’après l’une d’entre elle, il est parfois difficile d’éprouver de l’empathie avec les problèmes des autres.

À la suite d’un divorce désastreux, Anne a emménagé dans un HLM, il lui était donc difficile de compatir avec son amie qui se plaignait du bruit des travaux sur la terrasse de sa grande maison. Pourtant, Anne a bien compris qu’il lui fallait trouver un moyen de compatir et d’engager la conversation. Heureusement, elle parvient toujours à se plaindre de ses enfants et petits-enfants en retour.

Autre exemple : cette étudiante à l’université est toujours soulagée de pouvoir se plaindre de son école en réponse à des copines qui déplorent le manque d’attention de leurs petits copains, chose dont elle ne souffre pas dans son couple. (ne jamais répondre par « mon copain ne ferait jamais ça »)

Parvenir à trouver des problèmes équivalents peut parfois s’avérer délicat, et peut facilement se retourner contre vous. Une femme malheureuse comme les pierres d’avoir perdu son mari dans un accident de voiture n’a pas été réconfortée par une amie qui pensait apporter son soutien en parlant de son expérience de la solitude à la suite de son divorce. Même en commençant ses propos par « je sais que ce n’est pas la même chose mais… » le commentaire donne l’impression que les deux pertes sont comparables, et cela ne fait que renforcer la sensation de solitude de la veuve qui se sent incomprise suite à la perte irréversible et soudaine d’un être aimé sans nuage à l’horizon.

Le besoin de trouver des malheurs comparables peut aussi être menacé lorsque les circonstances d’une amie changent pour d’autres raisons. Par exemple, si deux amies ont l’habitude de se plaindre conjointement de leurs déboires amoureux, la situation devient inconfortable le jour où l’une d’entre elle rencontre le grand amour et n’a plus de problèmes à partager. Elle hésitera même sûrement à partager ses problèmes conjugaux par sentiment de trahison envers son partenaire ; elle souhaite probablement éviter que son amie ait une image négative de son nouvel amoureux qui n’appréciera sûrement pas non plus être l’objet de ce type de conversation. Cela vaut principalement pour les hommes qui en général ne se confient pas sur leur relations amoureuses et partent du principe que c’est entièrement naturel.