Elles sont impolies. Elles sont combatives. Elles sont insoumises.
5 femmes qui ont contribué à révolutionner la condition féminine à leur manière, sans toujours en avoir, n’en déplaise aux conformistes. 5 destins qui ont changé les nôtres, 5 visages dans lesquels toutes les femmes se retrouvent. Des douces révoltés qui fustigent l’ordre établi, parce qu’elles n’ont que faire des interdits. Des féministes ayant trempé leur plume ou leur pinceau pour défigurer les carcans féminins d’une société patriarcale. Qui sont ces héros au féminin qui ont révolutionné les droits des femmes au 20e siècle ? La réponse en 5 portraits.

Marguerite Duras, la transgressive féministe

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L'attente, l'amour, la sensualité, le désir féminin ou encore l'alcool… ces thèmes reviennent en boucle dans les livres de Duras. La belle indochinoise faisait des ravages dans le Paris des années 30. On connaît tous ses grandes oeuvres, Les Amants en 1984 ou Hiroshima mon amour en 1972 — des livres inspirés par sa propre vie, faite d’une perpétuelle dualité amoureuse et artistique, ballotée entre un "tu me tues" et "tu me fais du bien"

"Ecrire, c'est aussi aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit."

Ecrire, telle était la révolte de Marguerite Duras. Protester par sa plume pour que la femme sorte des carcans et soit ce qu’elle veut être. Ses personnages féminins sont contradictoires et complexes, en marge du reste de la société : mendiantes, prostituées, vagabondes, femmes volages, en proie à la folie, instables tout du moins, elles sont toujours bloquées dans le flottement d’un entre-deux, fait d’ambivalences et de paradoxes.

Elle soutient les féministes et s'engage pour l'amélioration de la condition des mères célibataires, pour des salaires égaux et contre les violences faites aux femmes. Elle signe en 1971 le “Manifeste des 343”, une liste des Françaises ayant eu le courage de dire “je me suis fait avorter”, sans craindre les répercussions pénales. Marguerite n’a pas peur, elle veut lutter pour la dépénalisation et la légalisation de l’IVG qui ouvre la voie à l’adoption de la loi Veil en 1975. Duras s’allège des conventions sociales, transgressant incessamment. Sa vie est à l’image de son écriture : sans modération, buvant comme elle écrivait, aimant comme elle s'engageait.

Hélène Cixous, l'écriture féminine d'une révolte

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Dans l’histoire du féminisme français, Hélène Cixous a posé l’un des principaux piliers. Son oeuvre majeure, Le rire de la Méduse fait apparaître la notion d’écriture féminine, dissociant les deux questions du genre et du sexe, et marquant ainsi le début des gender studies.

"Il faut que la femme s’écrive : que la femme écrive de la femme et fasse venir les femmes à l’écriture, dont elles ont été éloignées aussi violemment qu’elles l’ont été de leurs corps"

Crier à l’écrit, telle est l’histoire de sa vie. Née de parents juifs dans l’Algérie française, Hélène étudie la littérature anglaise dans un Paris qui lui fera rencontrer son double intellectuel à la fin des années 1950, Jacques Derrida. Les deux amis deviendront d'inséparables amis, récriproquement admiratifs l'un envers l'autre.
Ses participations pour la cause féministe sont nombreuses : a créé le premier département d'Études féminines sur le continent européen en 1974 à Vincennes et a participé activement aux mouvements de Mai 68. Ses quarantes années passées à écrire sont marquées par un seul et même leitmotiv : résister.

Clara Zetkin, ses pacifiques combats féministes

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Clara Zetkin, ça ne vous dit rien ? C’est pourtant elle qui va proposer pour la toute première fois une Journée internationale des femmes à Copenhague en 1910, dans le but de militer pour le droit de vote et l’égalité entre les sexes. Non sans arrière-pensée, elle souhaite étendre par ce biais le droit de vote aux femmes du monde entier. Alors qu'en ce début de siècle les groupements féministes commencent à prendre de l'ampleur, une centaine de femmes venues de pays 17 pays se réunissent et adoptent la proposition lors de la conférence.

Pour autant, les revendications de ces femmes de la classe ouvrière sont jugées bourgeoises et les partis politiques et les syndicats ne veulent pas leur laisser le champ libre. Ainsi, il faudra attendre 1977 pour que l’ONU officialise la Journée internationale des femmes et la date mythique du 8 mars sera finalement décrétée par Vladimir Ilitch Oulianov seulement en 1921. Clara Zetkin aura joué un rôle majeur pour un ancrage du féminisme dans la conscience de classe.

"Quand les hommes sont silencieux, il est de notre devoir d'élever la voix au nom de notre idéal."

Clara Zetkin, c’est surtout une femme de lutte pacifiste. Elle est l’auteure du fameux manifeste : “Femmes du prolétariat, où sont vos maris, où sont vos fils?”, qui lui vaudra d’être emprisonnée plusieurs mois à son retour d’Allemagne. Leader communiste, elle consacre toute son énergie pour mobiliser les femmes ouvrières pour leurs luttes pour leurs droits et pour une transformation de la société. Ses combats féministes touchent aussi au droit au divorce, à l’union libre et à l’égalité des sexes.

Simone Veil, une repossession du corps féminin

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Fini les avortements clandestins mettant en péril la vie des femmes : grâce à la Loi Veil, les femmes peuvent interrompre volontairement leur grossesse. 1975, marque l’année où les femmes eurent le droit de reprendre le contrôle de leur corps, l’IVG étant légalisé. Tout cela ne s’est pas fait sans combat, mais malgré de nombreuses menaces reçues, elle ne démord pas et se positionne pour la cause des femmes à travers le monde.

"Je suis toujours rebelle ! C'est presque un réflexe : quand on me dit quelque chose, immédiatement, j'ai envie de dire le contraire."

Difficile de ne pas admirer le parcours de cette grande dame, déportée à l’âge de 16 ans dans les camps de concentration — toute sa famille y est exterminée, elle y échappe de peu. Par la suite, elle s’engage dans une carrière politique et devient Ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing et devient la première femme présidente du Parlement européen. Simone Veil ne s'est pas seulement faite porte-parole des femmes ; elle a aussi oeuvré pour les défavorisés, les handicapés, les prisonniers ou les malades du sida. Estimée et écoutée, elle a combattu l'antisémisme avec ardeur, ne craignant pas d'ancrer ses combats dans son expérience de rescapée de la Shoah.

Opposée à son propre mari qui lui refusait le droit de travailler, Simone Veil a résisté. Avant-gardiste, elle dénonçait déjà les inégalités de recrutement, de salaire et de promotion que subissaient ces femmes qui arrivaient en masse sur le marché de l'emploi dans les années 1960 et 1970. A sa mort le 30 juin 2017 dernier, les nouvelles générations reconnaissantes de ses nombreux combats lui rendaient hommage à travers une vague de "merci" sur les réseaux sociaux, prouvant ainsi que les nouvelles générations savent bien ce qu'elles lui doivent.

Frida Kahlo, l'insoumis tableau d'une féministe

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Frida l’impétueuse, Frida la rebelle. La Mexicaine anticonformiste adulée dans le monde entier fait figure de féministe engagée, en plus d’être cette incontournable icône du monde artistique. Cette image quasi mythique, elle l’a forgée par son refus des rouages machistes, par sa volonté de sortir d’une société mexicaine patriarcale, opposée à l’évolution des femmes. Dans ses peintures, elle aborde des sujets tabous encore jamais abordés dans un Mexique cantonnant la femme au statut de ménagère. L’avortement, la fécondité, la sexualité, Frida refuse cet état de soumission imposé par la société.

"Sentir dans ma propre douleur, la douleur de tous ceux qui souffrent et puiser mon courage dans la nécessité de vivre pour me battre pour eux."

Provocante, elle ne mâche pas ses mots, qualifiant les femmes de “masse silencieuse et soumise”. Elle porte des tenues traditionnellement réservées aux hommes sur les peintures et photos de famille, fume et boit, et cela, toujours sans modération.

Sa vie est marquée par la souffrance physique et morale et son oeuvre essentiellement composée d’autoportraits qui racontent ses douleurs et ses combats. Une vie basculant à la suite d’un accident qui la laisse immobilisée dans un corset de plâtre. Accroché au plafond de sa chambre, un miroir lui permet de continuer à peindre, avec son pinceau, elle livre bataille jusqu’à la fin. En travers de son dernier tableau, peint juste avant de mourir, on peut lire : « Viva la Vida » (« Vive la Vie »), comme une proclamation ultime de la véhémence qui l’a habitée toute sa vie durant.