Les femmes au long cou ou femmes « girafes » font partie de la minorité ethnique des Padaung, aussi appelés Kayan. Cette communauté est originaire du Myanmar, correspondant à l'ancienne Birmanie. Suite à des conflits armés, ce peuple a dû quitter la Birmanie pour la Thaïlande, où les Padaung ont un statut de réfugiés. Actuellement cette minorité est donc répartie entre la Birmanie et la Thaïlande.
(Nb : Il existe aussi des femmes au long cou en Afrique du Sud, au sein du peuple des Ndébélés, mais nous nous concentrerons dans cet article sur les femmes au long cou d’Asie, issues de la communauté des Padaung.)

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En quoi consiste le port du collier à spirales ? Qui sont les femmes au long cou ?

A l’âge de 5 ans, les petites filles peuvent porter leur premier collier, qui pèse environ 1,5kg. Les petites filles attendent avec impatience ce moment de « faire comme leur maman ». Au fur et à mesure de la croissance des jeunes filles, le collier-spirale est plusieurs fois remplacé par un autre plus grand, contrairement à l’idée répandue selon laquelle des anneaux seraient ajoutées successivement au collier. A l’âge adulte, ce collier peut peser jusqu’à 20kg et sa hauteur peut atteindre jusqu’à 30cm.

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Quelles sont les risques et les conséquences physiques que subissent les femmes à cause du port de ce collier ?

Bien entendu, le port d’un collier-spirale si lourd et si rigide est une contrainte importante pour le corps, qui ne peut être sans conséquences. En premier lieu, les femmes qui le portent souffrent d’ecchymoses et leur peau est abîmée. Ensuite, il faut comprendre que contrairement à l’image qu’on s’en fait, ce collier ne provoque pas un allongement des vertèbres du cou, mais déforme les côtes des femmes « girafes ». En effet, le poids du collier exerce une pression importante sur les côtes, qui vont peu à peu s’incliner, allant jusqu’à atteindre un angle de 45°. (Comme sur le schéma ci-dessous à droite, par opposition à un squelette habituel à gauche.) En réalité, l’impression d’allongement du cou vient donc plutôt d’un affinement du haut du buste à cause de cette modification de la forme et de la disposition des côtes. De plus, les muscles du cou s’atrophient en raison de cette pratique.
Beaucoup de personnes se demandent ce qui se passe si ces femmes retirent leur collier. Toutes les sources ne sont pas unanimes à ce propos, mais la fragilité du cou pourrait provoquer de graves fractures entraînant parfois même la mort. Il semblerait qu’en cas de faute ou de tromperie de leur femme, les maris Padaung leur enlèveraient leur collier pour les punir. Celles-ci devraient alors rester immobile et faire preuve de beaucoup de précautions pour ne pas se blesser.

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D’où vient cette tradition ? Comment s’explique cette pratique et pourquoi ces femmes portent-elles ce collier à spirales toute leur vie ?

Il n’existe pas de certitude sur la raison pour laquelle cette pratique s’est mise en place. Plusieurs hypothèses sont néanmoins connues. L’un des arguments évoqué de façon récurrente avance que le port de ce collier serait à l’origine un moyen de se protéger contre les tigres de la région, qui attaqueraient au niveau du cou. Une légende veut qu’un chef Padaung ait rêvé qu’un de ses fils se faisait attaquer par un tigre. Inquiet, il aurait décidé de faire porter ce collier à son enfant afin que le tigre n’apparaisse pas, puis la pratique se serait répandue.
Mais alors pourquoi seules les femmes portent aujourd’hui cet ornement ? Tout d’abord il s’agit dans ce peuple d’une norme de beauté féminine. Bourdieu parle dans son livre la Domination masculine de l’inscription dans le corps des femmes des normes et de leur domination par les hommes. Peut-être cette hypothèse peut-elle expliquer en partie que cette tradition ne concerne que les femmes et pas les hommes. De plus, les conséquences sur le corps et la santé de ces femmes rendent ici très concrète la thèse de Bourdieu : les normes de beauté et la tradition sont en effet littéralement imprimées dans le corps de ces femmes, jusqu’au squelette. Et c’est sans compter la limitation des mouvements des femmes dans l’espace social en raison du port de ce collier, puisqu’elles ne peuvent pas tourner la tête ou se pencher en avant sans difficulté. Ce critère de beauté pour le moins singulier pourrait s'expliquer par une recherche de ressemblance avec le dragon, symbole fort de la culture Padaung.
D’autres thèses expliquent que le port du collier à spirales permet de protéger ces femmes de trafic d’être humains ou d’être prises en esclavage. Cela permettrait également de s’assurer que les femmes au long cou ne se marient pas avec un homme d’une autre tribu.

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Minorité ethnique, politique, tourisme : quelle est la situation des femmes Padaung aujourd’hui en Asie ? Pourquoi pose-t-elle problème ?

De nos jours, certaines femmes Padaung remettent en question le port du collier à spirales petit à petit. En effet, le port de ces ornements isole ces femmes et limite considérablement leurs ambitions, en les enfermant dans leur village. Bien entendu, le contexte politique de conflit avec la Birmanie rend leur situation d’autant plus délicate. L’emplacement géographique des villages de cette minorité ethnique est instable et place ce peuple dans une position économique précaire.
En conséquence, l’originalité de cette tradition et son aspect spectaculaire fait de ces femmes une attraction touristique vivement critiquée. Une taxe a été instaurée à l’entrée de ces villages pour les touristes, ce qui suscite une polémique importante parmi de nombreuses associations. C’est le cas du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, qui n’hésite pas à parler de zoos humains.

Pour ces raisons, de plus en plus de jeunes filles Padaung font le choix de ne pas porter le collier-spirale et rêvent d’autres horizons, d’accéder à une éducation et de quitter leurs villages pour vivre une vie différente.

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