Dans le sanctuaire où reposent depuis le XIXe siècle les plus grands hommes français, les femmes ayant marqué l’Histoire de France se font extrêmement rares. A ce jour, sur les 76 personnes reposant dans le Panthéon, seules 5 sont des femmes. Un chiffre qui ne provoque pas de grande surprise puisque le bâtiment honore sur son fronton la mention “Aux grands hommes, la patrie reconnaissante”. Seulement Abricot se demande : "et les grandes femmes alors, ne méritent-elle pas les mêmes honneurs ?"
Pour ne pas les oublier, retour sur ces noms féminins dormant dans l’illustre monument depuis le début du XXe siècle.

25 mars 1907 – Sophie Berthelot, l'épouse inconnue du Panthéon

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La première femme à faire son entrée au Panthéon en 1907 y entre comme une discrète parenthèse de l’Histoire, pour sa seule qualité d’épouse du grand chimiste Marcellin Berthelot qui refusait d’être séparé de sa femme dans sa dernière demeure.

On la surnomme “l’inconnue du Panthéon” puisque son nom est inconnu et qu’il n’existe pas même un portrait d’elle l'immortalisant. Il faudra attendre près de cent ans pour qu’une femme y soit immortalisée pour avoir personnellement marqué l’Histoire et non pas pour son union matriomoniale à un grand personnage français.

20 avril 1995 – Marie Curie, la première "vraie" femme du Panthéon

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C’est 60 ans après sa mort que la savante, double Prix Nobel de chimie et de physique est “Panthéonisée”, sous la demande de François Mitterrand. Le grand jour arrive en 1995, lorsque cette grande dame est inhumée pour ses travaux scientifiques légendaires aux côtés de son mari. Reconnue comme l’une des plus grandes savantes de son temps, François Mitterrand accueillait les cendres de la grande savante et de son époux sur la montagne Sainte-Geneviève le 20 avril 1995 en soulignant le combat du couple de scientifiques contre “l’esclavage de l’ignorance”.

Marie Curie est ainsi la première femme à recevoir cette suprême onction républicaine pour ses mérites propres. Les derniers mots de François Mitterrand résonnèrent sous un ciel menaçant et un vent froid, soulignant le combat de ces deux grands chercheurs : “Le refus de savoir, est le propre des sociétés perdues".

27 mai 2015 - Germaine Tillion, destin hors norme d'une femme résistante

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Germaine Tillion, déportée à Ravensbrück en 1943 et rescapée des camps de la mort aura consacré ses travaux après-guerre à l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et aux crimes nazis. Résistante, elle contribua grandement aux évasions vers le zone libre et l’Afrique du Nord. Aussi bien durant l’Occupation que pendant la Guerre d’Algérie, Germaine Tillion s’est engagée pour la liberté et la dignité de l’être humain.

Ses mots sont à l’image de sa conception du monde : “l'humanité se compose de deux minuscules minorités : celle des brutes féroces (...) et de l'autre celle des hommes de grand courage (...). Entre ces deux extrêmes, l'immense majorité d'entre nous est composée de gens ordinaires, inoffensifs en temps de paix et de prospérité, se révélant dangereux à la moindre crise.”

27 mai 2015 - Geneviève De Gaulle-Anthonioz, une vie de combats

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La nièce de Charles de Gaulle fit son entrée en même temps que Germaine, le 27 mai 2015, elle aussi déportée et rescapée du camp de concentration de Ravensbrück. Ces deux femmes, honorées pour leur bravoure et leur parcours présentent des similitudes.

En 1945, elle participe à créer l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR) et en deviendra par la suite la présidente. Vers la fin des années 1950, elle s’engage contre la pauvreté extrême et rejoint le mouvement ATD Quart monde. 50 ans après sa libération, elle publie La Traversée de la nuit, un ouvrage qui retrace sa vie dans le camp de Ravensbrück. Ce n’est que quelques poignées de terre qui seront transférées au Panthéon, ses proches n’ayant pas permis qu’elle soit séparée de son époux.

1er juillet 2018 - Simone Veil, icône de la patrie française

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5e femme à faire son entrée dans le nécropole du Panthéon, celle qui a fait du combat des femmes le combat de sa vie, entrera dans le sanctuaire aux côtés de son mari le 1er juillet 2018, soit presque un an jour pour jour après sa mort. En présence du président Emmanuel Macron qui viendra honorer l’ancienne ministre de la santé et présidente du Parlement européen, les deux cercueils des époux Veil seront d’abord exposés au Mémorial de la Shoah, dans le 4e arrondissement de Paris.

De sa déportation en 1944 à Birkenau, jusqu’à son entrée à l’Académie française en 2008, la vie de Simone Veil n’a cessé d’être exemplaire. Ses luttes pour les droits des femmes, sa carrière de politicienne ou encore son combat pour les Justes ont marqué un parcours hors du commun qui reposera bientôt dans le bâtiment des immortels.