Aimer, c'est tout un art. Préoccupation centrale de toute existence humaine à un moment ou à un autre, les plus grands artistes n’y échappent pas non plus. Dépeignant leurs sentiments tantôt avec pudeur, tantôt avec une exhibition artistique sans pareille, l'amour n'en finit pas d'être représenté. Sur leurs toiles, munis de leurs pinceaux, ils racontent la passion sous toutes ses formes : entre déchirure et union, solitude et fusion. Voici une sélection des 6 plus beaux tableaux d’amour de l’histoire de l’art. Ouvrez grand vos yeux, ils s’apprêtent à (re)découvrir de bien belles histoires d’amour picturales.

La frustration sexuelle : s’aimer sans se rejoindre

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Recouverts d’un drap, deux amants tentent vainement de s’embrasser à travers des cagoules qui empêchent leurs lèvres de se rencontrer. Ils sont peut-être suffoquants, leurs bouches sèches désespérant de ne jamais se trouver. Ne pouvant ni se voir ni se toucher, cette peinture peut être vue comme une véritable représentation de la frustration sexuelle — aucun des deux n’ayant accès à l’autre, malgré leur volonté apparente de se rejoindre. Avec une compréhension difficile à cerner, toutes les interprétations restent possibles. Magritte n’a pas donné d’explication quant à la réalisation de ce tableau surréaliste, duquel pléthore de sens pourraient émerger. Certains critiques supposent que ce voile signifierait un amour aveugle. Quoiqu'il en soit, difficile d’échapper au sentiment de malaise créé par ces visages recouverts, impossibles à distinguer pour le spectateur frustré, au même titre que les protagonistes. L’étonnement est d’autant plus fort qu’il s’agit d’un portrait, et qu’on ne peut pourtant identifier aucun visage. Le voile que l’on retrouve sur ce tableau peut avoir été inspiré du fait que la mère du peintre se soit suicidée durant son adolescence et ait été retrouvée morte, noyée, avec un tissu dissimulant son visage. Ce voile peut également signifier que même si ces personnes s’aiment, il y une incommunicabilité entre elles qui les empêchera toujours de s'atteindre pleinement — surpassant jusqu’à la force de leur désir.

L’amour narcissique : je n’ai d’yeux que pour moi

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Dans ce tableau aux couleurs vives et au cadre verdoyant d’une forêt, les traits caractéristiques de la peinture préraphaélite transparaissent nettement. Au centre de la toile, le célèbre Narcisse se tient allongé, obnubilé par son reflet comme le raconte l'oeuvre antique. Il se contemple dans le reflet de l’eau, sans même porter un regard à la déesse Echo — ne pouvant décrocher ses yeux de sa propre image, subjugué par lui-même. De l’autre côté de la rive, Echo peu vêtue, demeure assise et regarde tristement Narcisse, impuissante et résignée. Tristement, elle contemple celui qu’elle aime, amoureux seulement de sa propre personne. Dans cette représentation d’un amour unilatéral, on ressent l’infini chagrin de la déesse, privée éternellement de toute forme de réciprocité. Il est difficile de ne pas deviner dans ce tableau une figuration plus générale de l’amour égoïste, conduisant jusqu’à l'oubli de celle ou celui qui se tient tout près de soi au profit de sa propre personne. Dans l’oeuvre mythologique, la nymphe Echo demeura fidèlement près de lui, dans le désespoir de Narcisse de ne pouvoir saisir son reflet dans les eaux du Styx durant plusieurs jours. Il est raconté qu’elle souffrit avec lui, ne cessant de répéter en écho à sa voix : « Hélas ! Hélas ! ».

Impudicité picturale d’un parfait corps à corps - le tableau érotique

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Fasciné par le thème de l’érotisme dans ses tableaux, Egon Schiele montre dans L'Étreinte un homme et une femme nus et enlacés. Il s’agit d’un autoportrait de Schiele et de son épouse Edith, allongés sur un drap blanc froissé, posé sur un couvre-lit jaune. Le peintre, laisse apparaître le sexe de la femme, jambes écartées près de son compagnon qui l'enlace. Ce tableau lui valut trois semaines d’emprisonnement pour atteinte à la morale. Le visage détourné et légèrement incliné, la femme a couché sa tête sur l’oreiller, et sa main s’appuie doucement sur le cou de son partenaire. On peut distinguer dans leur pose une référence au tableau Le Baiser de Gustav Klimt, dont Schiele admirait particulièrement le travail.
Figurant parmi les plus belles œuvres de l’artiste, l’audacieux tableau expressionniste illustre à merveille l’instant capté d’un couple dans leur intimité, s’apprêtant à s’aimer ou venant juste de se livrer au plaisir de la volupté.

Hymne à l’amour de l’étreinte amoureuse

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Dans son tableau Le Baiser, peint en 1908, Gustav Klimt représente la fusion de deux amants hors du monde, dans cette sphère libérée de l’espace et du temps. La femme agenouillée s’offre, les yeux fermés, au baiser de son bien-aimé. Sur un tapis de fleurs, elle se laisse aller à la passion ; et le couple se rejoint dans une joie artistique semblant répondre au plaisir amoureux. Les couleurs vives et la lumière émanant du tableau, répondent admirablement bien au plein épanouissement amoureux des amants. Enroulés l’un dans l’autre, ils semblent enveloppés dans leur baiser éternel. Le lieu de leur amour est ce pré éthéré de tissus riches et de brillants bijoux. Leur allure est presque céleste de par leurs têtes auréolées de feuilles d’or. Ce chef d’oeuvre de Klimt reste sa plus célèbre oeuvre artistique. Il peint avec justesse ce que ressentent souvent les amoureux au premier temps de leur amour : ce sentiment délectable d'un monde qui se dissout autour d'eux.

L’idéal amoureux : une perfection laissant de marbre

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Un thème antique de la mythologie grecque prend vie sous le pinceau de Jean-Léon Gérôme qui illustre l’histoire de Pygmalion à la fin du XIXe siècle. L’un des meilleurs sculpteurs grecs décida un beau jour de se dévouer corps et âme pour représenter son idéal féminin. Le résultat est si concluant qu’il ne put s’empêcher de tomber fou d’amour pour sa belle statue de marbre. Pygmalion demanda alors à la déesse Aphrodite de lui donner vie afin qu’il puisse consommer son amour. Ce tableau montre le passage à la vie de la statue Galatée. Le haut de son corps prenant vie, elle répond au baiser de Pygmalion, tandis que le reste de son corps demeure encore de marbre, sans jeu de mots, aucun. Sur la droite, on distingue ce très cher Cupidon, s’apprêtant à lancer la flèche de l’amour éternel sur les deux amants. Cet artiste tombant amoureux de son oeuvre, illustre à merveille une autre forme de l’amour narcissique ainsi que ses dangers. Il est facile d’y deviner le fantasme masculin consistant à modeler de façon (trop?) précise, son désir amoureux pour une femme, au point de l’ajuster selon sa propre vision de la perfection.

L’amour est éternel tant qu’il dure

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Frida Kahlo a peint ce double portrait à la fin de l’été 1940, juste après son divorce avec Diego Rivera, le grand amour de sa vie. Comme souvent, Kahlo rend la métaphore littérale. Diego reste dans sa mémoire, imprégné dans son esprit. Il demeure comme enfermé dans sa tête, au sens littéral, et cela malgré l'immense douleur causée par ses innombrables aventures extraconjugales — elle ne parvient pas à cesser de penser à lui. Vêtue du costume traditionnel mexicain que son mari chérissait tant, et d’une couronne de feuilles qui semble se répandre comme une toile, il semble que Frida soit paralysée à la fois dans son obsession et dans sa toile. Pour la jolie petite histoire, leur amour qui semblait avoir touché à sa fin n’était pourtant pas terminé puisqu'ils se remarièrent juste au moment où le tableau fut complètement achevé. Frida a donc bien fait de garder son Diego dans les tréfonds de son esprit, jusqu'à l'entière renaissance de leur amour dont l'ardeur quoique fragilisée, surpassait jusqu'à ses déficiances.