Il y a quelques semaines, nous vous avons présenté dans un article 5 lettres d'amour écrites par des femmes.

Aujourd'hui, nous vous présentons des lettres d'amour sublimes, écrites par des hommes (et par une femme !), pour la femme qu'ils aimaient. Tous célèbres, ces illustres personnages ont vécu des histoires d'amour intenses et passionnées, dans lesquelles on se replonge avec émotion.

Martin Heidegger à Hannah Arendt : une passion brève, au goût de transgression

Martin Heidegger et Hannah Arendt se rencontrent en 1924, en Allemagne. Hannah Arendt est alors âgée de 18 ans et suit les cours de philosophie donnés par Heidegger, qui a le double de son âge. Une histoire passionnelle naît entre l'élève et le maître, malgré cette différence d'âge. De plus, Heidegger était catholique tandis qu'Hannah Arendt était juive : de quoi donner à leur relation un goût de transgression et de défi dans une Allemagne où l'antisémitisme commence à grandir à l'époque.

27 février 1925

Chère Hannah,

Le démonique m’a atteint de plein fouet. L’apaisante prière de tes chères mains jointes et ton front resplendissant en sont les âmes tutélaires, dans la transfiguration qu’en accomplit ta féminité.

Jamais rien de tel ne m’est arrivé.

C’est sur le chemin du retour, pendant l’averse orageuse, que tu m’es apparue plus belle encore, et plus grande. C’est durant des nuits entières que j’aimerais accorder nos pas.

Accepte le petit livre ci-joint comme symobolon de ma gratitude. Qu’il te soit du même coup un symbole de ce semestre.

S’il te plait, Hannah, donne-moi signe de vie, gratifie-moi encore de quelques paroles de toi.

Je ne peux te laisser n’être qu’une étoile filante.

Tu auras sans doute fort à faire avant le départ en voyage.

Mais je t’en prie, ne serait-ce que quelques mots, même sans “fioritures”.

Ecris comme tu sais écrire. Pourvu que ce soit de toi.

                                                                                                                                     Ton M.

Je suis si content pour ta mère.

La lettre de Guillaume Apollinaire à Lou, l'amour en temps de guerre

Guillaume Apollinaire rencontre Louise de Coligny-Châtillon en septembre 1914. Le poète tombe amoureux d'elle immédiatement. Dans un premier temps elle le rejette, puis ils entretiennent une liaison courte au début de la guerre, avant que Guillaume Apollinaire parte au front. Ils entretiennnent alors une correspondance pendant un long moment. Apollinaire écrit des lettres enflammées à son amante, parfois tendres et enfantines, parfois sensuelles ou effrontées, il lui adresse également de nombreux poèmes qui deviendront célèbres. Par la suite, Apollinaire se fiance à une autre jeune fille, les échanges épistolaires avec celle qu'il surnomme  Lou s'espacent et deviennent plus froids, jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent totalement.

28 septembre 1914

Je l’avais déjà senti dès ce déjeuner dans le vieux Nice où vos grands et beaux yeux de biche m’avaient tant troublé que je m’en étais allé aussitôt que possible afin d’éviter le vertige qu’ils me donnaient.
C’est ce regard là que je revois partout, plutôt que vos yeux de cette nuit dont mon souvenir retrouve surtout la forme et non le regard.
[...]
Vingt-quatre heures se sont à peine écoulées depuis cet événement que déjà l’amour m’abaisse et m’exalte, tour à tour si bas et si haut que je me demande si j’ai vraiment aimé jusqu’ici.
Et je vous aime avec un frisson si délicieusement pur que chaque fois que je me figure votre sourire, votre voix, votre regard tendre et moqueur il me semble que dussé-je ne plus vous revoir en personne, votre chère apparition liée à mon cerveau m’accompagnera désormais sans cesse.
Ainsi que vous pouvez voir, j’ai pris là, mais sans le vouloir, des précautions de désespéré, car après une minute vertigineuse d’espoir je n’espère plus rien, sinon que vous permettiez à un un poète qui vous aime plus que la vie de vous élire
pour sa dame et se dire,
ma voisine d’hier
soir dont je baise
les adorables mains,
votre Serviteur
passionné.
Guillaume Apollinaire

La lettre de Victor Hugo à Juliette Drouet : un amour adultérin intense, pendant 50 ans

L'actrice Juliette Drouet devient l'amante de Victor Hugo en 1933. Celui-ci est alors marié et a de nombreuses relations adultères. Cependant, sa relation avec Juliette n'en sera pas moins passionnée et durera jusqu'à la mort de cette dernière en 1883. Bien que leur relation soit connue de tous et bien qu'elle ait suivi l'écrivain et homem politique dans son exil, il ne l'épousera jamais, même après le décès de son épouse. Au cours de leur vie, ils auront une correspondance passionnée et impressionnante. En effet au cours de leurs 50 ans de relation, Victor Hugo lui adressera 20 000 lettres, dont celle-ci :

Samedi 27 septembre 1876

J’étais mort, je suis vivant, tu es le sang de mon cœur, la clarté de mes yeux, la vie de ma vie, l’âme de mon âme.

Pour moi, tu es plus moi que moi-même. Je suis à jamais dans tes ailes.

Je t’adore éperdument et religieusement, ô mon ange !

Vita Sackville-West à Virginia Woolf : l'amour entre deux femmes

Virginia Woolf, que l'on pense souvent réservée et sage, et Vita Sackville-West, intrépide, ont eu un coup de foudre littéraire et ont vécu une histoire d'amour passionnée et parfois douloureuse, avec beaucoup de jalousie. Pour l'époque, leur histoire est audacieuse, d'autant plus que les deux femmes sont romancières, Virginia Woolf est alors déjà célèbre, et elles sont toutes deux mariées. Vita Sackville-West vit ses aventures féminines sans jalousie du côté de son mari puisque tous deux étaient homosexuels. Quant à Virginia Woolf, bisexuelle, son mari se montrait également tolérant, et elle était en réalité beaucoup moins timide et éthérée qu'on le dit. Toutes deux firent preuve d'une réelle liberté de moeurs, audacieuse pour l'époque.

Vendredi matin [11 novembre 1927]

Je suis terriblement malheureuse depuis hier soir. Je me suis aperçue subitement que ma vie entière était un échec, dans la mesure où je me suis révélée incapable de créer une seule relation humaine parfaite — Que puis-je y faire, Virginia ? Montrer plus de résolution, je suppose. De toute façon, je ne créerai plus jamais l’occasion de nouvelles erreurs ! Ma chérie, je te suis reconnaissante ; tu as mille fois raisons de dire ce que tu as dit ; ça m’a donné du ressort ; je me laisse trop facilement aller à la dérive.

Mais écoute-moi bien, il faut que tu saches et que tu croies que tu représentes à mes yeux quelque chose d’absolument vital. Je n’exagère nullement en disant que je ne sais vraiment ce que je deviendrais si tu cessais d’avoir de l’affection pour moi, — si j’en venais à t’irriter, — à t’ennuyer. Tu m’as énormément troublée en me parlant de Clive comme tu l’as fait. À coup sûr, tu ne pouvais songer à rien de sérieux ? Oh non, ce serait par trop impensable. Je ne veux pas me tourmenter pour cela — Il y a tellement d’autres choses qui me tourmentent !

Ma chérie, pardonne-moi mes fautes. En mon for intérieur je les hais, et je sais que tu as raison. Mais ce sont des petits défauts idiots de surface. Mon amour pour toi est absolument vrai, vivant et inaltérable.

Henry Miller à Anaïs Nin : des lettres passionnées

Henry Miller et Anaïs Nin se rencontrent en 1931. Très différents l'un de l'autre, les deux écrivains s'apportent énormément et seront tant des amants passionnés que des amis chers, malgré les obstacles. Ecrivains polémiques tous les deux, notamment en raison de l'érotisme de leurs écrits parfois, ils resteront complices et proches toute leur vie. Henry Miller lui écrira de nombreuses lettres enflammées. Voici un extrait de leur correspondance :

26 juillet 1932

Anaïs,

Je continue — il est trop tard pour taper à la machine. Et puis je peux mieux dire certaines choses, quand le stylo court silencieusement sur le papier. Tu me manques terriblement. On dirait que je ne sais pas comment tuer le temps d’ici ton retour. Ton départ pour le Brésil est inimaginable pour moi. C’est impossible ! Rentreras-tu un peu avant Hugo — pourras-tu passer quelques jours avec moi, seule ? Je rêve si souvent (des rêves de jour) à ces dernières heures à Louveciennes. Je n’ai jamais connu d’heures plus précieuses. Ta façon de dire « Sapristi ! » était si drôle, et la manière dont tu te réveilles — qui ressemble à celle dont tu t’endors —, paisiblement, avec un étonnement émerveillé dans tes yeux endormis — mais si calme, si paisible, si doux. Et même ta façon d’enfiler et d’ôter tes vêtements. Sans bruit. Comme un chat. Et quelle joie de danser dans le hall — seuls dans la maison. Je pourrais passer des moments si précieux avec toi. Jamais je ne m’ennuierais avec toi, et toi avec moi ?

[...] Comme tu l’as écrit dans ton Journal le jour de Noël « je sacrifierais tout, etc. » — voilà ce que j’éprouve : je sacrifierais tout pour que tu puisses demeurer à ta place, dans ce merveilleux cadre qui te convient si parfaitement. Avec toi, Anaïs, je ne pourrais pas être égoïste. Je veux que tu sois toujours heureuse, en sécurité, protégée. Jamais je n’ai aimé une femme de manière si désintéressée.

Je ne fais pas grand-chose. Je suis nerveux. Je suis perdu sans toi — c’est vrai. J’ai été très ému par ta lettre, et par ta « suggestion ». Tu fais les choses les plus surprenantes. Je me demandais comment je pourrais aller au Tyrol, près de toi, même si je ne devais pas te voir — ou alors oui, te voir peut-être, pendant ta promenade, caché derrière un rocher ou un arbre. Mais j’ai beau penser, tout cela est hors de question.

[...] Je t’écrirais bien tous les jours, mais je sais que cela ferait mauvaise impression. Je suis dans un tel état de passion que n’importe lequel de mes mots brûlerait le papier. Je revis constamment dans ma mémoire tous les épisodes, depuis le café Viking jusqu’à la tondeuse à gazon. Je me demande si tu parles toujours dans ton sommeil. Je me demande à quoi tu penses, lorsque tu fais l’amour maintenant.

Parle moi de ça — franchement — si tu le peux, et dis-moi que je peux oser en faire autant.

Je ne peux pas écrire davantage parce que ma tête est trop pleine de tout cela. Je te vois dans mes bras, frémissante, et je me sens tout au fond de toi, pour toujours. Je suis brûlant de désir maintenant — tu n’es plus l’Anaïs à qui j’écrivais de Dijon. Tu n’es pas non plus l’Anaïs du Journal. Tu sais de quelle Anaïs je veux parler. Je suis tout à toi.

Henry.

Si vous aussi vous souhaitez déclarer votre flamme à votre chérie, on espère que vous trouverez dans ces quelques lettres l'inspiration et l'envie de vous lancer !