Une exposition d’oeuvres qui parlent de sexe et de femmes, de façon bienveillante et en remettant en question les normes et la pression subie par les femmes jusque dans leur intimité ? C’était du 1er au 15 octobre, au 59 rue Rivoli.

17 artistes, toutes des femmes, relèvent ce challenge avec brio. Nous avons sélectionné pour vous nos oeuvres coups de coeur !

Cependant cet évènement va plus loin, puisque diverses tables rondes et ateliers ont été organisés, en collaboration avec des collectifs et associations, ainsi que des intervenants qualifiés. Les thèmes abordés ? Violences sexuelles, obstétricales, gynécologiques, inceste, sexisme en médecine, intersexuation et trans-identités, travail du sexe…

Le sexe féminin : encore tabou, méconnu et trop peu représenté !

En 2017, pour annoncer la sortie de son livre Très intime, la youtubeuse Ina Mihalache sortait sur sa chaîne Solange te parle une vidéo où elle prononçait 100 fois le mot « vulve ». Pourquoi ? Parce qu’on l’entend trop peu, parce qu’encore bien trop de personnes pensent que le sexe féminin se résume au vagin, et connaissent mal le clitoris et la vulve. Aussi parce que les vulves sont sujettes à de nombreuses pressions, complexes, violences…

Alors, pourquoi dessine-t-on des pénis partout, sous forme de graffitis dans les rues ou de gribouillis dans les cahiers d’écoliers, tandis que le sexe féminin reste si méconnu, un sujet tabou, rendu invisible ?

Rose Pialat : de l'importance de mieux connaître l'anatomie du sexe féminin

Sur la petite pancarte à côté des oeuvres, on peut lire :

"Bien que nous soyons envahiEs de représentations du pénis dont nous connaissons les moindres nervures, veines et fonctionnalités, il aura fallu attendre 2016 pour obtenir un réel aperçu complet, en 3D, du clitoris. Ces représentations inexactes, floues, voire totalement erronées de nos chattes cachent une réelle volonté de contrôler nos plaisirs et d'uniformiser nos corps. La plupart des manuels d'anatomie donnent une vision partiale et partielle de nos vulves. Se servant de supports pseudos scientifiques, ces manuels nous laissent entendre que si notre vulve ne leur ressemble pas, elle est, et doit être considérée comme anormale, difforme, atypique, laide.

A travers ces oeuvres, j'ai voulu montrer l'absurdité de ces représentations en poussant l'insensé à son paroxysme."

Est-il besoin d'ajouter quelque chose ? Non. Ina Mihalache et Rose Pialat sont-elles cousines ? On peut se poser la question !

Cassie Raptor : la beauté de la diversité des formes de vulves

Le travail de Cassie Raptor montre la beauté et la diversité du sexe féminin, à travers différentes techniques comme l’aquarelle, l’acrylique ou l’encre de Chine. Parmi ces séries d’illustrations de vulves, on trouve celle appelée Rorschattes.

Le nom de cette série d’aquarelles très colorées provient de la contraction du nom du très connu test de personnalité projectif de Rorschach, et du surnom « chatte » donné à la vulve. On peut s’amuser à faire des interprétations à partir du nom de cette série, d’autant plus que les sexes ainsi représentés ne sont pas sans rappeler les tâches symétriques utilisées lors de ce test psychologique.

Initialement, le projet est né pour illustrer l’affiche d’une soirée organisée par le collectif féministe et lesbien Barbi(e)turix.

Pour retrouver d'autres exemples de démarches mettant en avant la diversité des vulves, n'hésitez pas à aller voir le compte @mydearvagina sur instagram, dont on vous a déjà parlé ici.

Vanda Spengler : des questionnements plus torturés à propos du sexe féminin

Après un travail d'introspection dans le domaine de l'intime, de la maternité et de la quête d'identité, l'oeuvre de Vanda Spengler a pris petit à petit un aspect plus sombre et inquiétant. Vanda Spengler s'inspire d'artistes comme Antoine Agata ou encore Jean Rustin, notamment pour ses derniers travaux sur le corps.

Avec des scènes d'écartèlement et de corps enchevêtrés ou désarticulés sont abordés des thèmes comme la peur, les rapports de force et les pulsions. Selon l'artiste, ces aspects seraient tous en lien avec une déshumanisation sans cesse en augmentation.

Rita Renoir : les rituels féminins, tout en délicatesse et sensualité

Après avoir participé à une exposition collective sur le thème du rituel, l’artiste Rita Renoir décide de s’intéresser plus particulièrement sur les rituels féminins. L’artiste invite le spectateur à s’intéresser aux petits gestes quotidiens de l’intimité des femmes, avec la couleur rouge comme fil conducteur. Tout en délicatesse et en sensualité !

Découvrez son compte instagram en cliquant ici

Mila Nijinsky : la sensibilité pour explorer le sexe féminin

Mila Nijinsky est une artiste qui utilise sa sensibilité pour explorer l'être humain et les questions d'identité, avec une visée documentaire. Il importe à Mila Nijinsky d'utiliser des techniques anciennes comme l'argentique afin de conserver une trace palpable de son travail.

Pour cette exposition, Mila Nijinsky présente suite à une proposition de Juliette Drouard une série créée pour le projet 52, un mouvement féministe prônant l'empowerment et l'entraide. Il s'agit de créer un calendrier féministe pour l'année 2018, aux côtés de 11 autres artistes.

Tamina Beausoleil : la superposition comme outil pour explorer et redéfinir la féminité

Tamina Beausoleil travaille énormément en superposition, avec des jeux d'échelles, en utilisant différentes techniques et à l'aide de plusieurs couches de papier. Elle superpose notamment des planches anatomiques et des images d'animaux.

"La réappropriation sémantique des codes de la séduction ainsi que des expressions populaires de l'image féminine donnent aux dessins une certaine ironie mais aussi quelque chose de tendre et de fragile. Les femmes sont tour à tour nommées grues, chiennes, louves, dindes, bécasses, poules, cochonnes. Elles sont domestiques, sanglantes, dangereuses, séduisantes... Chairs fantasmées, elles se parent volontiers de griffes, de plumes au point de devenir parfois hybrides. C'est ce rapport au corps, entre le regard sur soi et celui des autres que je questionne ici. En détournant les codes de la séduction et de l'érotisme qui, selon Guy Scarpetta sont une "conjonction du maximum d'animalité et du maximum de cérébralité", je me demande ce que nous sommes, une fois dit que nous ne sommes pas qu'un corps."

Tables rondes et ateliers : savoir, c'est pouvoir !

Différents ateliers et tables rondes ont été mis en place autour de thèmes variés. En effet, des sujets comme l’inceste, le viol, les violences gynécologiques et obstétricales, ou encore les mutilations génitales ont été abordés. Le silence est le meilleur ami de l’acceptation et favorise la perpétuation des violences. Quant à l'ignorance, elle permet de maintenir un statut quo de domination. Parler, c’est déjà agir, et cela demande un courage extraordinaire.

Il est donc important que se développent des lieux bienveillants et ouverts, afin de libérer la parole sur ces différentes questions, de mettre des mots sur les violences subies, d’oser poser des questions et proposer des réponses.

Qu’il s’agisse de questions techniques, à propos de l’anatomie méconnue des femmes par exemple, ou de questions plus psychologiques ou identitaires telles que celles à propos du genre et des trans-identités, il est agréable et nécessaire d’avoir des lieux et des intervenants appropriés pour en parler. C’est pourquoi les évènements comme ces ateliers et tables rondes doivent se multiplier, afin de permettre aux femmes de mieux connaître leur corps, et aussi de s’affirmer dans leurs désirs, tout en développant une certaine sororité.