Il semblerait que l’on connaisse tous cette fable de la Fontaine commençant ainsi :
“ Rien ne sert de courir, il faut partir à point. Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage”.

La morale tirée de ces quelques vers appris sur les bancs de l’école s'avère tout à fait vraie dans ma vie aujourd’hui. Autant professionnelle que personnelle.
En fait, j’ai compris que la lenteur, ce n’était pas ne rien faire et qu’il n’y avait aucune culpabilité à avoir, quand on souhaite se déconnecter, quelques heures ou quelques jours pour se retrouver.

Par “lenteur”, j’entends “prendre le temps”. C’est sans doute plus adapté d’ailleurs. Car l’idée n’est pas tant de faire l’apologie du manque de vivacité, mais plutôt d’inviter à fuir la précipitation. Je le vois tous les jours dans les rues de notre belle capitale, tout va très vite. Un ballet étourdissant de parisiens qui s’ignorent. Alors oui, Paris est une ville connue pour cela et c’est aussi ce que j’aime d’elle. C’est porteur. Mais parfois oppressant. Je suis d’avis qu’il ne faudrait pas toujours aller si vite dans cette ville qui mérite d’être contemplée. Mais les gens sont pressés d’une manière générale et nous exigeons que tout aille toujours plus vite. Que faisons-nous de notre temps pour qu’il vienne si rapidement à nous manquer ?

Durant une session de team building il y a quelques semaines avec toute l’équipe Abricot nous en avons profité pour établir des objectifs. Nous avons pris le temps de réfléchir aux moyens d’améliorer nos vies sur plein d’aspects différents. Et il y a un point que tous avaient oublié,- mais qui pourtant pourrait considérablement aider à atteindre certains de ces objectifs- : la déconnexion. Une première solution se trouve déjà là, dans la réduction du temps que nous passons devant les écrans.

D’ailleurs, j’ai souvent les meilleures idées durant l’un des seuls moments où je suis sans  mon téléphone : le soir dans la pénombre, juste avant de m’endormir. Loin de cet aimant digital, objet de distraction.

Nous sommes constamment sur-sollicités par toutes les notifications de nos portables. Mon doigt est systématiquement attiré par le logo d’Instagram, sans que je n’ai quoi que ce soit à y faire. C’est plus fort que moi, j’ai ce besoin presque viscéral d’ouvrir l’application. Il s’agirait pourtant d’inverser cette tendance, il n’est pas certain que nous gagnons à être hyper branchés. Cette hyper connexion nous formate, bâillonne notre imagination et fait taire notre créativité.

Et s’il y a bien un domaine où l’on doit se connecter au réel et où il serait presque dangereux d’oublier de prendre le temps c’est dans nos relations. Quelles qu’elles soient. On apprend assez vite que pour entretenir une relation, il faut être attentif et à l’écoute. Il faut savoir prendre le temps de se concentrer sur un instant. Tout empressement serait nuisible. En se précipitant, nous ratons sans le savoir les meilleurs moments. Mais on ne devrait pas pouvoir zapper nos relations, passant de l’une à l’autre, comme on le fait vulgairement avec des programmes télé.

Pourtant nous enchainons les rencontres à la recherche d’un amour auquel on ne laisse pas le temps de naître. L’amour ça se construit. Et pour cela, il faut du temps.

C’est quelque chose que l’on applique lors de la création de rencontres chez Abricot. On sait qu’en allant trop vite le plus beau peut nous échapper, alors on offre la possibilité à nos utilisateurs de se concentrer sur peu de profils. Quelques informations à la fois pour mieux les considérer.
Et le processus était le même lors de la création d’Abricot, il nous fallait prendre le temps. Se poser, réfléchir, tout bien repenser. Pour être efficace notre vision devait naître d’un véritable raisonnement.

Nous nous refusons tous les luxes sauf le plus précieux : la lenteur - Nicolas Bouvier.

Prendre le temps c’est important dans nos relations professionnelles, sociales, sentimentales, sexuelles… Pour la sexualité par exemple, prendre le temps c’est atteindre la jouissance.

Faire l’amour en prenant le temps. On devrait tous se prêter à cet exercice de prendre le temps pour pouvoir tout ressentir. Les moindres détails. Analyser le grain de peau du bout des doigts, centimètres carré après centimètre carré. Explorer toutes les parcelles d’un corps comme si on le découvrait pour la première fois. Laisser nos mains se rencontrer, s’entrelacer. S’accorder à une respiration qui s’accélère, puis se suspend. Prendre le temps.

En fait c’est vrai dans ma vie d’homme comme pour ma vie d’entrepreneur, je gagne du temps et bien plus encore en sachant prendre le temps. Savoir prendre le temps dans le monde où l’on évolue aujourd’hui c’est un véritable atout. On échappe à trop de choses en voulant aller trop vite. Alors je suis assez fier de savoir m’éloigner de l’image qu’on a de l’entrepreneuriat quand je sais ce que j’y gagne. Cette image qui est victime de bon nombre de clichés que la presse aime entretenir -parfois à raison, souvent à tort- ne nous représente pas tous. Nous ne sommes pas tous les mêmes, capable de foncer tête baissée car nous avons trop confiance en notre projet pour avoir peur, par exemple. S’accorder le temps de la réflexion, c’est sans aucun doute s’épargner des faux-pas.

Je crois aussi qu’on peut se permettre cette “lenteur” à condition d’être passionné. La lenteur sans une réelle motivation n’apporte peut-être pas tant de résultats. Mais il est certain qu’en allant très vite on ne va pas plus loin. “Rien ne sert de courir il faut partir à point”.

Écrit par Justine Komé & Antoine Géraud